Méthodes d’évangélisation des Morisques valenciens au XVIe siècle
Durant le Moyen Âge, la société valencienne était composée de chrétiens, de musulmans et de juifs.
L’Église, appuyée par le pouvoir des rois, lança de vastes efforts d’évangélisation dirigés non seulement vers les vieux chrétiens, mais aussi vers les convertis.
À mesure que le pouvoir politique musulman diminuait, la christianisation devint un instrument de domination culturelle et sociale.
📿 Spiritualité et souffrance : imiter le Christ
À cette époque, l’accent était mis sur la divinité du Christ plus que sur son humanité. Mais avec saint François d’Assise, une nouvelle sensibilité apparaît, centrée sur la naissance de Jésus, sa vie humaine et sa Passion. La foi se vivait dans la douleur : pénitence publique, flagellation et identification à la souffrance du Christ.
Aux XIVe et XVe siècles, marqués par les guerres et les épidémies, la figure du Christ en croix représentait à la fois réconfort et exemple à suivre.
🥀 Les ordres religieux : franciscains et dominicains
Les franciscains répandirent les dévotions liées à la Passion, tandis que les dominicains soulignèrent la symbolique du Sang du Christ.
Parmi eux, San Vicente Ferrer, prédicateur dominicain majeur, parcourut Valence, la Castille, l’Aragon et la Catalogne. Utilisant un langage simple et imagé, il exhortait à l’imitation de Jésus par la pénitence et la flagellation, accompagné de processions avec flagellants et croix.
👤 Les Morisques : entre intégration et crainte
Les Morisques formaient une part importante, parfois majoritaire, de la population dans de nombreux villages valenciens. En 1410, San Vicente Ferrer créa un collège pour enfants orphelins, y accueillant même des Morisques abandonnés. Mais leur présence suscitait la méfiance : on craignait qu’ils servent de lien avec l’Afrique du Nord en cas de révolte.
Après leur conversion forcée en 1502, beaucoup continuèrent à pratiquer secrètement l’islam. Face à cette résistance, les mesures d’intégration se durcirent, culminant avec l’expulsion en 1609.
⛪ Jean de Ribera et l’évangélisation ciblée
Nommé archevêque de Valence en 1569, Jean de Ribera mena une stratégie active d’évangélisation des Morisques :
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Création de nouvelles paroisses
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Prêches personnels
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Financement direct des actions pastorales
Il diffusa la dévotion au Sang du Christ pour transmettre la doctrine chrétienne. Contrairement à l’islam, qui voit le salut comme individuel, le christianisme prône la rédemption universelle par Jésus crucifié. Les Morisques, pour qui la croix était incompréhensible, reçurent alors des images de l’Ecce Homo et virent naître des confréries du Sang, notamment à Oliva et Alcalalí.
⚔️ Peurs, conflits et surveillance
Dans des villes comme Gandia, les tensions augmentaient. Après les débarquements corsaires à Oliva (1529) et le pillage de Piles (1532), la peur des Morisques s’intensifia. En 1540, 2000 Morisques de Cullera embarquèrent avec Barberousse.
Des mesures préventives furent prises : enfermer les femmes et enfants morisques dans les murailles, pour éviter toute complicité lors d’attaques maritimes.
🎓 François de Borgia et les Jésuites : l’échec éducatif
De retour à Gandia, François de Borgia, futur saint, fonda une université jésuite en 1545. À l’instigation d’Ignace de Loyola, l’établissement devait accueillir aussi bien jeunes chrétiens que Morisques convertis. L’éducation visait une double finalité :
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Évangéliser les Morisques
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Former des prêtres arabisants pour la mission
Mais deux obstacles surgirent :
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Les familles refusaient d’envoyer leurs enfants.
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Certains élèves morisques tentaient d’islamiser leurs camarades.
🛑 La fin : l’expulsion de 1609
Face à l’échec des méthodes d’intégration et d’évangélisation, le roi Philippe III ordonna l’expulsion des Morisques en 1609. C’était la fin d’un chapitre complexe de la coexistence religieuse en Espagne, marqué par les efforts spirituels, les tensions politiques et les fractures sociales.
📚 Pour en savoir plus
🔎 Conclusion
Ce récit de l’évangélisation des Morisques valenciens au XVIe siècle illustre la complexité d’une époque où foi, pouvoir et identité s’entremêlaient. Les tentatives sincères ou forcées d’intégration ont laissé une empreinte durable dans l’histoire de Valence et de la Méditerranée chrétienne.
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